Starship Troopers – Paul Verhoeven (1997)
À l'occasion de la sortie de Black Book, et compte tenu du contexte politique américain, il semblerait que l'on redécouvre Starship Troopers. Interviewé dans le numéro d'Empire du mois de Janvier, Verhoeven revient sur son film de 1997 :
Empire : En regardant Starship Troopers maintenant, c'est stupéfiant à quel point c'est pertinent.De fait, après excavation du DVD, il s'avère que le film a bien vieilli. Les insectes tout en CGI ne souffrent pas de la comparaison avec les dernières bestioles numériques en date. Mais c'est surtout la vision de l'Amérique comme dystopie fascisante éprise de guerre qui semble être une caricature encore plus mordante en 2006 qu'en 1997. Car si le film met en scène une fédération mondiale, il est évident qu'il ne s'agit que des Etats-Unis de l'époque, et d'aujourd'hui.
PV : En fait, le livre est cette chose d'un fasciste militant. J'ai senti que je ne pourrais pas tourner ce film de la façon dont le livre était écrit. Je ne suis pas d'accord avec le livre. Mais on a trouvé une façon de faire. On a construit une contre-proposition dans le film qui dit essentiellement : "Vous êtes tous des idiots et vous voulez mourir" !
Empire : Est-ce qu'on vous autoriserait à faire Starship Troopers aujourd'hui ?Si Verhoeven pense qu'on ne le laisserait pas faire le même film de nos jours, c'est parce que son potentiel corrosif est d'autant plus fort. Il est tout de même curieux qu'à sa sortie, il se soit trouvé des critiques pour prendre le film au pied de la lettre. Même sans être vacciné contre la prose réactionnaire de Robert Heinlein, il est assez évident que Starship Troopers en est une adaptation au vitriol.
PV : Non, je ne pense pas. Ils remarqueraient l'ironie. Je ne pourrais jamais faire passer les uniformes nazis que j'ai utilisés, par exemple. Beaucoup des prises de vue sont copiées sur celles du Triomphe de la Volonté de Leni Riefenstahl. Ils stopperaient immédiatement la production, ou changeraient de réalisateur.
Cette société qui vénère la violence (Violence has resolved more conflicts than anything else) et la mort (Come on you apes, you wanna live forever ? en contrepoint de Viva la muerte) à grands coups de propagande n'a même pas besoin de ses attributs nazis (l'aigle noir, les uniformes des scientifiques directement emprunté à la gestapo) pour se proclamer fasciste.
Mais, comme toujours chez Verhoeven, le propos reste ambigu. La société de Starship Troopers a aboli, du moins en apparence, certains des antagonismes qui fondent les régimes fascistes : opposition de race et de sexe notamment. La discrimination entre les citoyens et les autres ne se fait pas sur des critères raciaux, même si les héros de premier plan sont tous (caricaturalement) blancs :
Empire : Et c'est aussi une sorte de satire de la culture trash américaine. Les acteurs ont l'air de sortir tout droit de Melrose PlaceQuant à la neutralité sexuelle (notamment illustrée par la scène de douche mixte), elle montre la focalisation exclusive des individus sur la guerre : une victoire écrasante de l'instinct de mort sur tout le reste.
PV : Ouais, ouais, bien sûr. C'était l'idée. Mais les gens que vous voyez dans les films de Riefenstahl sont les mêmes. Comme s'ils étaient sculptés dans du marbre. Tout le monde est beau, les filles comme les garçons, mais beau d'une certaine façon. Une beauté aryenne, avec un menton fort et tout. Je voulais que tout le monde ressemble à ça.
Empire : La scène signature de ce film est vraiment la séquence de la douche mixte. On l'a accusée d'être gratuite.De fait, c'est la guerre qui octroie la citoyenneté et les bons soldats, hommes ou femmes, sont récompensés (par l'octroi de pouvoir dans des postes de commandement).
PV : Cela décrivait une sorte d'utopie fasciste. C'était l'idée que la société est si avancée que lorsqu'ils sont nus tous ensemble, ils ne regardent pas leurs nichons ou leurs sexes ou quoique ce soit. Ils ne pensent qu'à l'armée. C'est absurde bien sûr. Hyperbole. (Rires) Une exagération du comportement humain. Genre, cette société est tellement avancée qu'elle est sexuellement neutre. Les meilleurs soldats du monde…
Dans ces conditions, l'ennemi est à réinventer. En l'occurrence, il s'agit des insectes géants de Klendathu : l'alien comme altérité absolue, qui remplace "l'autre" race (celle considérée comme inférieure). La transposition est parfaite, avec des références génocidaires (The only good bugs are dead bugs) et l'antagonisme avec les insectes sert à justifier, a posteriori, l'effort de guerre.
Quoi qu'il en soit, même en n'étant que moyennement tératophile, il semble plus naturel d'être en empathie avec les insectes géants du film, assez charismatiques dans leur genre, qu'avec Denise Richards ou Casper Van Dien.
Ne serait-ce que pour cette raison, les malentendus concernant l'interprétation de Starship Troopers paraîtront toujours absurdes, ou malhonnêtes !
Un reportage français sur le film :
Source des citations : Empire, janvier 2007 (traduction maison)
Trivia people : Denise Richards partage avec Keith son nom de famille et


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